Archive pour août 2008
François Hollande répond aux questions de Libération
François Hollande était interviewé par le quotidien Libération. Il fixe dans cet entretien les règles d’un congrès réussi.
Georgie : retour indispensable du droit et de l’Europe
Décidément, le monde va mal. À force de décisions unilatérales, notamment des Etats-Unis, à force d’ignorer l’ONU et le droit international, les puissances n’en font qu’à leur guise.
La Chine a pu obtenir ce qu’elle souhaitait : une cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques sans que la question des Droits de l’homme soit posée et avec la présence de plusieurs chefs d’Etat dont Nicolas Sarkozy.
La Russie maintenant avec la reconnaissance d’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud au mépris d’une règle fondatrice de l’ordre international qu’est l’intangibilité des frontières que seul le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes peut permettre de modifier dans des conditions fixées par les Nations Unies.
Nous ne sortirons de ces menaces et de ces risques – voilà que Bernard Kouchner nous reparle de la guerre froide ou de la guerre chaude – qu’avec un ordre international rétablit.
L’Europe peut y jouer tout son rôle à condition d’apparaître comme justement indépendante des puissances, notamment des Etats-Unis, à condition de porter des valeurs universelles, à condition de dépasser les logiques d’intérêts commerciaux ou énergétiques. À condition, bref, d’avoir une diplomatie.
La grande leçon de ces derniers mois et de la montée des tensions s’impose : le défaut d’Europe politique n’a jamais été aussi grand.
Pas rassuré
Le moins que l’on puisse dire c’est que la réunion de la Commission de la défense n’a pas apaisé nos craintes sur la présence de la France en Afghanistan. Cette présence est nécessaire.
Nous ne pouvons pas abandonner l’Afghanistan à l’anarchie, au sous-développement, à la culture du pavot et à la déstabilisation de l’ensemble de la région. Faut-il encore que l’on précise clairement la question des troupes françaises sur ce territoire. Elles doivent être dans le soutien, l’accompagnement, la préparation de l’armée afghane et non pas dans un maintien de l’ordre qui nous fait, en définitive, entrer en guerre.
Il convient également de redéfinir avec nos alliés qui, rappelons-le, sont là sous mandat de l’ONU, ce que doit être la stratégie d’ensemble sur le plan civil comme sur le plan militaire, sur la question de la lutte contre la corruption, ainsi que sur celle de la démocratisation des institutions et du dialogue politique avec toutes les parties.
Enfin il faut qu’un calendrier soit donné. Nous n’allons pas être là à perpétuité.
Mais sur toutes ces questions, ce fut le flou général. Bernard Kouchner et Hervé Morin se sont même contredits sur la question de savoir si nous étions en guerre ou pas. Le ministre des Affaires étrangères a même été jusqu’à annoncer de nouvelles pertes, ce qui, convenons-en, n’était pas pour nous rassurer. Le ministre de la Défense a contredit le général en chef des forces alliées qui avait parlé d’excès de confiance. En tout cas, la confiance, elle, n’était pas là. Et pas plus sur les bancs de la majorité que sur ceux de l’opposition.
Le sujet est suffisamment grave pour qu’on évite les simplismes : l’escalade que nous propose Nicolas Sarkozy au nom des valeurs de la civilisation, ou le départ immédiat sans prise en compte de ses conséquences que certains, par réflexe, prononcent.
Notre attitude doit être celle qui serait la nôtre si nous étions en responsabilité : une présence avec des conditions, une clarté sur les objectifs, des délais ainsi que le retour à la souveraineté pleine et entière des autorités en Afghanistan, évitant en plus, hélas, les frappes sur les civils qui ne peuvent qu’encourager la propagation des talibans.
La façon avec laquelle Nicolas Sarkozy produit sa communication, comme s’il était seul en cause, comme si c’était son combat, comme si c’était sa seule affaire, comme si c’était entre lui, le peuple français et l’Afghanistan, voire le monde tout entier, en dit long sur la dérive de nos institutions.
C’est pourquoi le vote du Parlement aura toute sa signification. Ce sont les représentants de la nation qui doivent décider, et chacun sera mis devant ses responsabilités.
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