Archive pour septembre 2008
Gagner le pari de la démocratie
La présentation des motions au Conseil national du Parti socialiste a donné l’image que j’attendais, celle d’une formation politique, la seule sans doute en France, capable de présenter des textes alternatifs, d’ouvrir un débat autour d’orientations différentes et d’offrir aux militants un choix démocratique, y compris sur le premier dirigeant.
On pourra se gausser, se moquer, ironiser. On pourra même voir dans ces confrontations des disputes, des conflits. La réalité est beaucoup plus simple : dans une démocratie, il faut du pluralisme, et c’est plutôt là où il n’y en a pas que les sarcasmes, l’ironie, la dénonciation devraient se faire entendre.
Nos commentateurs sont décidément bien surprenants. Quand il y a un garde-chiourme dans un parti qui manie la schlague, le bâton, la carotte, et même la corruption des esprits, on s’indigne mollement, et on dit même parfois “chapeau l’artiste”. Et quand il y a le risque de la démocratie, alors on y voit les pièges de la division.
Il revient aux socialistes de faire la preuve qu’ils peuvent conjuguer cette transparence sur leurs délibérations, cette attente – c’est vrai trop longue- sur l’issue de leur vote, avec l’exigence d’un choix qu’il faut faire. Ce choix permettra au Parti socialiste un nouveau départ conduisant vers le rendez-vous de 2012.
C’est pourquoi j’en appelle à tous les responsables du parti à se conduire en responsables. J’ai confiance dans les militants. Je sais qu’ils auront à cœur de servir l’intérêt général de la gauche et d’être utiles au pays.
Le PS est dans une épreuve de vérité. Il peut en sortir renforcé et dynamisé, mais il peut aussi céder à ses caprices, ses vieux démons, ses jeux personnels, à l’image de ce qu’est la société française et son individualisme.
À nous donc de montrer et de démontrer que, face aux monolithes de la droite, à la soumission des esprits, à la domination du chef, nous savons opposer un modèle démocratique qui conjugue débat, efficacité et crédibilité.
Là est l’enjeu du congrès de Reims pour le pays.
Intervention de François Hollande au Conseil national de synthèse du 23 septembre
Chers camarades,
Nous arrivons au terme de ce débat et je veux insister sur la maîtrise qui doit être la nôtre de ce processus de congrès. Il est légitime, il est sain -et nous avons connu les uns et les autres dans notre vie plusieurs congrès et nous en connaîtrons quand même d’autres- qu’au regard des conditions, de l’environnement, du contexte, de prendre comme un atout le fait d’avoir plusieurs motions, mais aussi comme un risque d’avoir une confrontation.
Il appartient donc aux uns et aux autres, sans qu’il y ait besoin d’un quelconque arbitre, de marquer d’abord ce qui nous réuni tous. Et sur beaucoup d’idées, de propositions, d’analyses, toutes les motions peuvent avoir un moment un point de rassemblement. Et il nous appartient aussi, puisqu’il y a 6 motions, pour que la lisibilité même de nos délibérations puisse s’établir auprès de nos adhérents et auprès des Français, de faire apparaître ce qui nous différencie les uns des autres. Pour que le vote qui interviendra au terme du processus puisse être un vote qui marque une orientation, un choix, une stratégie, au-delà du nom qui découlera du vote des motions pour la fonction de Premier secrétaire.
Nous allons faire l’exercice d’un congrès devant l’ensemble des Français en toute transparence. On a bien compris –notamment à La Rochelle- que tout ce que nous faisons, tout ce que nous disons est maintenant du domaine public.
Nous allons débattre dans nos fédérations ; nous allons avoir des réunions de motion. Je vous demande de ne rien taire de nos distinctions, de nos différences, de ne rien cacher de nos convergences et de bien comprendre que le vote que nous allons émettre à partir de la libre décision de nos militants, beaucoup moins influencés par nous que nous ne le proclamons à travers des listes de signataires, nous engagera tous. Et, si nous voulons réussir notre congrès, ce n’est pas simplement –et c’est déjà pas mal- une motion autour de laquelle le rassemblement puisse se faire, c’est aussi que le congrès achève un processus et en ouvre un autre. Le respect du vote des militants doit être le fondement même du sursaut du Parti socialiste. Et, ensuite, le devoir qui sera le nôtre (majoritaires, minoritaires) sera d’être les plus loyaux, les plus solidaires, les plus disciplinés possible. Il n’y a d’avenir pour le Parti socialiste, c’est-à-dire aussi de victoire, que si tous les socialistes quoi qu’ils aient pensé de la décision qui a été prise soient solidaires.
Nous sommes devant une droite qui n’a jamais été aussi unie, aussi soumise à son chef. Et si nous ne prenons pas la mesure, pour nous qui aimons le débat, qui cultivons légitimement nos identités respectives, de la confrontation indispensable avec la droite, de l’exigence de cohésion de notre côté, quelle que soit la motion qui l’emportera, quel que soit le Premier secrétaire, il n’y aura pas de victoire possible.
En tant que militant du Parti socialiste, je m’engagerai, je ferai les choix, mais ce dont je suis sûr, c’est que je soutiendrai la motion qui arrivera en tête, qui sera majoritaire, et je soutiendrai quel qu’il soit ou quelle qu’elle soit, le Premier secrétaire qui sera élu par nous le moment venu.
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