Archive pour octobre 2008
Paroles non tenues
Souvenez-vous, c’était il y a déjà plus de trois ans, Dominique de Villepin était à Matignon, ça peut paraître un siècle, voire un autre millénaire, mais c’était la même majorité.
Il promettait un chèque transport à tous les salariés obligés de prendre leur véhicule individuel ou d’utiliser, lorsqu’ils existent, les transports en commun, pour se rendre à leur travail.
Une loi fut même votée pour mettre en œuvre ce dispositif. Elle resta lettre morte, et pas un chèque transport sur la base du volontariat ne fut émis par la moindre entreprise française.
On nous disait que c’était trop compliqué, trop lourd, bref trop difficile à appliquer. Alors les syndicats ont repris leur pression et, avec la hausse du prix du pétrole tout au long de l’année 2008, la revendication monta.
François Fillon, Premier ministre, à la fin du printemps 2008, fit donc une nouvelle annonce. C’était à la télévision, sur France 2, et le prix du pétrole dépassait les 100 dollars le baril.
Il promit, ce soir-là, que si aucune négociation n’avait débouché entre les partenaires sociaux au début de l’automne, il y aurait une nouvelle loi.
A la fin de l’été, ce devait être aux Universités du Medef, Madame Parisot ne prit même pas la peine d’engager je ne sais quel dialogue, elle affirma que les entreprises n’avaient pas les moyens, que ce n’était pas leur rôle, et que de cheque transport, il ne fallait plus lui parler.
François Fillon et Nicolas Sarkozy, n’écoutant que leur courage à affronter le patronat, choisirent alors de repasser par la loi de finances pour 2009, et d’introduire un chèque transport bien timide sur la base du volontariat et sans que ça ne coûte grand chose au budget de l’Etat.
Pour la majorité, c’était encore trop. Et hier, à la commission des affaires sociales de l’Assemblée, la disposition disparue. Ecartée, au prétexte que le prix du pétrole ayant diminué, il n’y avait plus matière. Et quand bien même les pétroliers ne répercutaient pas la baisse, les salariés n’avaient qu’a se serrer un peu plus la ceinture, ou plutôt rouler moins avec leur automobile, sans doute au nom du Grenelle de l’environnement.
Cette histoire illustre ce qu’est la politique de la parole de Nicolas Sarkozy. Il promet comme il parle, il change constamment de point de vue, au fur et à mesure du temps, des circonstances, des pressions qui s’exercent, des avantages qu’il peut en tirer.
Rien ne tient, rien ne vaut, rien ne dure, c’est le régime de la précarité, tantôt libéral, tantôt révolutionnaire, tantôt dérégulateur, tantôt étatiste. Qu’importent les mots, des incantations suffisent. Et pour eux, la politique, c’est de la fausse monnaie, et leurs promesses, c’est un chèque. Oui, un chèque, mais sans provisions.
Entretien dans Les Échos : “La limitation des parachutes dorés est une goutte d’eau dans l’océan des dérives”
Faux budget
Que dire d’un gouvernement qui, présentant le projet de loi de finances dans un moment où la récession s’installe, propose un faux budget. C’est-à-dire des hypothèses dont la ministre elle-même dit qu’elles sont déjà dépassées, fragilisées par la crise.
Une croissance de 1% quand chacun sait qu’elle sera au mieux de zéro. Une consommation des ménages et l’investissement des entreprises en hausse de 2% quand ils seront en recul. Un déficit commercial à 50 milliards d’euros quand tout laisse penser qu’il sera creusé de 10 milliards de plus en 2009, et un déficit budgétaire dont le ministre supposé des comptes, Monsieur Woerth, ne sait plus ce qu’il sera à l’arrivée.
Dans une collectivité locale, le préfet aurait saisi la chambre régionale des comptes
Dans une entreprise, les commissaires aux comptes auraient tôt fait de saisir le tribunal de commerce pour faux bilan.
Dans un ménage, la banque aurait rapidement mis dans le rouge, voire saisi la carte bleue du couple imprévoyant.
Mais ici, tout serait toléré. Parce que c’est l’Etat, parce que c’est la crise, parce que c’est la résignation et le fatalisme, parce que c’est aussi Sarkozy, avec des médias bien timorés.
Mais le plus grave est que faute d’hypothèses conformes à la réalité, le gouvernement ne change pas sa politique, et fait comme si de rien n’était. Tout s’écroule autour de nous, les banques sont renflouées, des milliards d’euros sont dégagés pour assurer leurs liquidités ou leur solvabilité. Et l’Etat, lui, ne change rien, ne modifie rien, et maintient un cap, alors qu’il n’a plus de boussole, plus de gouvernail, plus de vent dans les voiles.
Le surréalisme se conjugue à l’immobilisme, les crédits du budget du logement sont en baisse quand l’immobilier est en chute, les crédits de l’emploi diminuent quand le chômage progresse, les dotations aux collectivités locales stagnent quand l’investissement public, lui-même, est menacé. Bref, un budget à contre emploi, à contre temps.
Et pendant ce temps-là, une catégorie de contribuables sait, que quoi qu’il arrive, quelle que soit l’ampleur des déficits, ou la rigueur des temps, elle n’aura rien à payer de plus que ce qu’elle acquitte aujourd’hui au trésor public.
Ces quelques milliers de contribuables, ainsi sanctuarisés, protégés, immunisés de toute hausse de prélèvement, ce sont ceux qu’on a caché derrière le bouclier fiscal. Que l’on augmente la cotisation retraite, la CSG, les impôts locaux voire, par le plafonnement des niches fiscales, l’impôt sur le revenu, ils ne paieront rien de plus, puisqu’ils sont, selon le gouvernement, déjà au maximum.
Terrible paradoxe, qu’en temps d’insécurité, de risques, d’incertitude, ce soit les plus modestes qui se trouvent dans la crainte, et les plus privilégiés dans la garantie.
Dans ce budget, tout est faux, les hypothèses, les choix, et l’esprit même de justice.
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