Archive pour janvier 2009
Bouger
Pas besoin d’être allé à la manif -j’y étais à Tulle- pour se rendre compte que partout, ce sont des foules considérables qui se sont mises en mouvement. Nicolas Sarkozy, de son bureau ou de son dîner d’anniversaire, je n’en sais rien, a dû au moins en voir des images.
Le pire serait d’attendre, de faire gros dos, ou d’imaginer la répétition en moins fort.
L’autre erreur serait que le président de la République imagine que par son seul verbe, en convoquant les chaînes de télévision dans son bureau, parvienne à rassurer les Français, à leur faire croire que le plan de relance qu’il a présenté est le seul possible. Alors qu’il n’y a ni plan, ni relance.
Enfin, ce serait également une faute de réunir les syndicats, dans le seul but de les avoir rencontrés.
Ce qui menace Nicolas Sarkozy, c’est la certitude d’avoir raison tout seul, d’imaginer, comme à d’autres époques, qu’il n’y a pas d’alternatives possibles et, de continuer à s’agiter, à aller partout, quitte à congédier des préfets qui ne maîtrisent pas les manifestants.
Ce qui lui est demandé, ce n’est pas de la mobilité, c’est du changement.
Bref, de bouger. C’est-à-dire de prendre en considération la plateforme des organisations syndicales, unies comme rarement elles l’ont été dans le passé, et de considérer le contre plan du Parti socialiste non pas comme une posture, mais comme une possibilité de ligne politique différente.
Il faut faire attention dans ces périodes de crise, parce que rien ne se passe jamais comme prévu.
Il y a l’indécence de ceux qui continuent, alors que tout s’écroule autour d’eux, à se distribuer bonus et avantages. Il y a les gouvernants qui se réunissent à Davos, ou ailleurs, et qui font comme si tout allait forcément conduire à la fin de la tourmente. Et puis il y a les peuples eux-mêmes qui, à un moment, peuvent décider de prendre leur destin en main, sans pour autant savoir comment.
Et bien dans cette période-là, mieux vaut mettre de la rationalité, du dialogue, de la compréhension. Et pour tout dire, revenir à la démocratie qui exige, de la part de ceux qui dirigent, la conscience qu’ils sont sans doute légitimes, mais qu’ils ne peuvent pas décider de tout, quand plus rien n’obéit à leur schéma.
“Un Grenelle de la relance”
François Hollande été l’invité politique de France info ce mercredi 28 janvier. Estimant que la motion de censure défendue par les socialistes hier à l’Assemblée et la journée de grève générale prévue demain sont toutes deux l’expression d’une inquiétude face à la situation économique, il demande un Grenelle de la relance.
Ecouter l’intégralité de l’émission en cliquant ici
Un mouvement utile
La grève de jeudi, les manifestations qui vont se multiplier partout dans les villes de notre pays, les slogans qui seront scandés, la force de l’exaspération populaire, ce n’est pas un rite, une journée perdue, comme voudrait le laisser croire le gouvernement. Et, contrairement à ce qu’avait prétendu Nicolas Sarkozy, cette grève, on la verra et on l’entendra.
Mais pour qu’elle soit utile, il faut que cette journée soit massive, puissante, et lourde de sens. Il faut que cette journée en appelle une autre. Non pas une répétition, mais une négociation, un dialogue qui obligerait le pouvoir à comprendre qu’il ne peut pas faire de cadeaux aux uns, peu nombreux -les banques, les plus favorisés, les gros- et oublier les autres, c’est-à-dire presque tout le monde.
Je pense que les Français sont lucides à la fois sur la dureté de la crise, sur l’étroitesse des marges de manœuvre et sur le monde nouveau qui s’ouvre. Mais de là à tout accepter, à tout subir, et à baisser la tête dans l’attente de jours meilleurs, sûrement pas.
Aussi, le conseil que je donne à Nicolas Sarkozy, qui demandait encore à l’UMP samedi dernier de parler des travailleurs, des ouvriers, des usines, bref à faire « peuple », et bien c’est d’écouter le peuple et d’en rabattre sur son arrogance, sur ses certitudes, sur son aveuglement qui consiste à penser qu’il n’y a qu’une politique possible : la sienne.
Ce qui va compter jeudi, c’est ce qui va se passer vendredi. C’est-à-dire faire bouger celui qui prétend être mobile, et qui, au-delà des mots, fait du surplace.
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