Un pudding à la place du mille-feuille
La commission Balladur avait pour tâche d’en terminer avec le mille-feuille administratif français hérité de notre histoire, produit d’une décentralisation tardive et révélateur des avantages acquis des territoires les plus favorisés.
L’ambition était noble. Elle supposait de se dégager des contingences électorales, d’éviter les simplifications technocratiques et d’en terminer vraiment avec le centralisme politique.
Or, convenons que si la commission met l’accent, à juste raison, sur la nécessité de constituer, autour de nos grandes villes, des métropoles dynamiques et cohérentes et, si le rapport conclut opportunément à l’élection au suffrage universel des communautés d’agglomérations, il tombe en revanche dans un certain nombre de travers qui étaient, hélas, dans les arrière-pensées, voire dans les intentions a priori de Nicolas Sarkozy.
En définitive, une partie des propositions sur le rapprochement département-région n’est faite que pour priver la gauche des responsabilités qu’elle a conquises à partir d’un mode de scrutin régional qui permettait la représentation de la diversité, dans le respect du fait majoritaire et, pour les départements, du travail de ses élus.
En ce domaine, la réforme proposée conduirait à territorialiser la représentation des conseillers régionaux, c’est-à-dire à les « cantonaliser » et à faire disparaître progressivement, sans le dire, l’échelon départemental.
Et que dire de la maladresse qui consiste à annoncer la suppression de sept régions et une nouvelle carte administrative sans consultation aucune des populations concernées et de leurs élus ?
Passons sur la grossière suppression de la région Poitou-Charentes, pour dénoncer cette vision d’une France normalisée, découpée sur une carte d’état-major et où les mariages se font sans le consentement des époux.
Dommage ! Car une occasion risque d’être perdue et il n’est encore pas trop tard. Car oui, il faut changer notre organisation administrative. Oui, il faut clarifier les compétences entre département, région et intercommunalité. Oui, il faut changer le mode de scrutin des conseils généraux. Oui, il faut en terminer avec les cantons, et c’est un président de conseil général qui vous le dit. Oui il faut harmoniser les dates des élections locales. Oui, il faut changer la fiscalité des collectivités. Oui il faut une péréquation des ressources financières par l’Etat. Oui, il faut un statut de l‘élu local. Oui, il faut des villes fortes et des territoires ruraux constitués dans des ensembles cohérents. Oui il faut plus de démocratie locale.
Voilà une belle réforme qui pourrait dépasser les clivages et préparer la France au XXIème siècle démocratique.
On ne voulait plus du mille-feuille, on nous fait un pudding : un mélange compact, indigeste et pour tout dire immangeable. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut renoncer à la pâtisserie démocratique, à condition de faire léger, clair et simple.



