Archive pour février 2009
Un pudding à la place du mille-feuille
La commission Balladur avait pour tâche d’en terminer avec le mille-feuille administratif français hérité de notre histoire, produit d’une décentralisation tardive et révélateur des avantages acquis des territoires les plus favorisés.
L’ambition était noble. Elle supposait de se dégager des contingences électorales, d’éviter les simplifications technocratiques et d’en terminer vraiment avec le centralisme politique.
Or, convenons que si la commission met l’accent, à juste raison, sur la nécessité de constituer, autour de nos grandes villes, des métropoles dynamiques et cohérentes et, si le rapport conclut opportunément à l’élection au suffrage universel des communautés d’agglomérations, il tombe en revanche dans un certain nombre de travers qui étaient, hélas, dans les arrière-pensées, voire dans les intentions a priori de Nicolas Sarkozy.
En définitive, une partie des propositions sur le rapprochement département-région n’est faite que pour priver la gauche des responsabilités qu’elle a conquises à partir d’un mode de scrutin régional qui permettait la représentation de la diversité, dans le respect du fait majoritaire et, pour les départements, du travail de ses élus.
En ce domaine, la réforme proposée conduirait à territorialiser la représentation des conseillers régionaux, c’est-à-dire à les « cantonaliser » et à faire disparaître progressivement, sans le dire, l’échelon départemental.
Et que dire de la maladresse qui consiste à annoncer la suppression de sept régions et une nouvelle carte administrative sans consultation aucune des populations concernées et de leurs élus ?
Passons sur la grossière suppression de la région Poitou-Charentes, pour dénoncer cette vision d’une France normalisée, découpée sur une carte d’état-major et où les mariages se font sans le consentement des époux.
Dommage ! Car une occasion risque d’être perdue et il n’est encore pas trop tard. Car oui, il faut changer notre organisation administrative. Oui, il faut clarifier les compétences entre département, région et intercommunalité. Oui, il faut changer le mode de scrutin des conseils généraux. Oui, il faut en terminer avec les cantons, et c’est un président de conseil général qui vous le dit. Oui il faut harmoniser les dates des élections locales. Oui, il faut changer la fiscalité des collectivités. Oui il faut une péréquation des ressources financières par l’Etat. Oui, il faut un statut de l‘élu local. Oui, il faut des villes fortes et des territoires ruraux constitués dans des ensembles cohérents. Oui il faut plus de démocratie locale.
Voilà une belle réforme qui pourrait dépasser les clivages et préparer la France au XXIème siècle démocratique.
On ne voulait plus du mille-feuille, on nous fait un pudding : un mélange compact, indigeste et pour tout dire immangeable. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut renoncer à la pâtisserie démocratique, à condition de faire léger, clair et simple.
Chronique sur slate.fr : Fusion et confusion
Deux grandes banques, les caisses d’épargne et les banques populaires, scellent leur mariage dans un bureau de l’Elysée. L’information pourra déjà surprendre. Mais, en ces temps de crise, on en a déjà tant vu : des interventions massives de l’Etat, sans l’exigence de la moindre contrepartie et des sauvetages décidés à la hâte, sans la plus petite obligation, de limiter les hautes rémunérations dans les établissements concernés.
Alors, pourquoi se courousser pour cette fusion qui permet aux nouveaux mariés de la « place » de surmonter les effets des mauvais placements de leur filiale commune Natixis et de devenir la deuxième banque de dépôts du pays ? Sûrement pas pour son opportunité : le rapprochement était préparé depuis de longs mois, même si elle s’est accélérée. Pas davantage pour son intérêt commercial : les établissements sont en effet complémentaires, les caisses d’épargne bien implantées sur le marché des particuliers et des collectivités locales, les banques populaires sur celui des PME. L’opération n’est pas non plus contestable sur le plan de sa philosophie : les deux réseaux sont d’inspiration mutualiste et leur culture d’entreprise, quoique différente, est finalement assez proche.
Non. Ce qui choque n’est pas la fusion, mais la confusion. Avec la possible annonce de la nomination du directeur général adjoint de l’Elysée à la tête du nouvel ensemble. Car, c’est une transgression.
Une transgression morale d’abord, car celui qui -au nom de l’Etat- à l’Elysée, organise le rapprochement, fixe la valeur des apports de chacun, décide du niveau des capitaux publics dans le nouveau groupe, se révèle dans le dernier acte -comme dans une farce à rebondissements- le patron de la banque. Bref, le soir de la cérémonie, le marieur part avec la mariée non sans avoir, au préalable, déterminé le montant de la dote. Le procédé est inédit. Et le conflit d’intérêts inévitable : avant d’entrer à l’Elysée, Monsieur PEROL -alors chez David Rotchild- avait été missionné comme conseil des deux banques. Ensuite, auprès du Président de la République, il a lui-même conduit la négociation et proposé d’injecter plus de 6 milliards d’euros de fonds publics dans la société dont il aurait la charge dans quelques semaines. La confusion « privé / public » est à son comble. Et la question peut se poser très simplement : quels intérêts ont été servis? Ceux de l’Etat, des actionnaires ou des futurs dirigeants?
On me dira qu’une Commission de Déontologie va être saisie et qu’elle va rendre un avis ! Mais l’on sait que sa jurisprudence est implacable pour les membres de l’Administration, mais bienveillante pour ceux des cabinets. Ainsi, alors qu’un sous chef de bureau à la Direction du Trésor qui ayant eu à connaître, même de loin, de cette opération de fusion et sans prendre la moindre décision se verra interdire tout pantouflage, en revanche, celui qui -au sommet de l’Etat- aura contribué à la parrainer, en remplissant lui-même la corbeille, sera autorisé à en prendre la tête. C’est finalement l’éthique qui se trouve décapitée.
La transgression est tout autant politique. L’on savait depuis deux ans que Nicolas Sarkozy voulait décider de tout et tout présider. Il ne nous a pas échappé que le Premier Ministre a abdiqué et accepté, sans mot dire, de se dessaisir de ses prérogatives constitutionnelles pour devenir le muet du sérail. Il est non moins évident qu’il n’y a plus de ministres au sein du gouvernement et que ceux qui en ont le titre sont devenus des prêtes-noms ou des bannis. Yves Jégo a rejoint Rama Yade à la cour des proscrits. Mais, jamais repu, le boulimique Président peut aussi démontrer que non content de pourvoir aux emplois civils et militaires, il coopte lui-même les banquiers : obligés, amis, collaborateurs, ils sont là autour de celui qui décide de leur avenir, de leur bonus, voire tout simplement de leur sort.
Rien à voir avec les nominations de 1982 où l’Etat actionnaire à 100 % des banques choisissait les patrons. On pouvait être contre les nationalisations, mais c’était la plus élémentaire logique. Là, il s’agit d’une banque privée. Pas d’un démembrement de la puissance publique. Pas d’une institution régulatrice. Pas d’un organisme à but non lucratif. Non d’un groupe bancaire qui n’est pas sous tutelle, mais sur le marché !
Ainsi va la République sous la présidence Sarkozy ! Après l’exhibition, voilà la confusion. Après le narcissisme, la transgression. Après «l’Etat c’est moi », « tout est à moi » !
François Hollande invité de RTL
François Hollande était interviewé par Jean-Michel Apathie lundi 23 février sur l’antenne de RTL.
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