Un pudding à la place du mille-feuille

FH | Notes | Jeudi, 26 février 2009

La commission Balladur avait pour tâche d’en terminer avec le mille-feuille administratif français hérité de notre histoire, produit d’une décentralisation tardive et révélateur des avantages acquis des territoires les plus favorisés.

L’ambition était noble. Elle supposait de se dégager des contingences électorales, d’éviter les simplifications technocratiques et d’en terminer vraiment avec le centralisme politique.

Or, convenons que si la commission met l’accent, à juste raison, sur la nécessité de constituer, autour de nos grandes villes, des métropoles dynamiques et cohérentes et, si le rapport conclut opportunément à l’élection au suffrage universel des communautés d’agglomérations, il tombe en revanche dans un certain nombre de travers qui étaient, hélas, dans les arrière-pensées, voire dans les intentions a priori de Nicolas Sarkozy.

En définitive, une partie des propositions sur le rapprochement département-région n’est faite que pour priver la gauche des responsabilités qu’elle a conquises à partir d’un mode de scrutin régional qui permettait la représentation de la diversité, dans le respect du fait majoritaire et, pour les départements, du travail de ses élus.

En ce domaine, la réforme proposée conduirait à territorialiser la représentation des conseillers régionaux, c’est-à-dire à les « cantonaliser » et à faire disparaître progressivement, sans le dire, l’échelon départemental.

Et que dire de la maladresse qui consiste à annoncer la suppression de sept régions et une nouvelle carte administrative sans consultation aucune des populations concernées et de leurs élus ?

Passons sur la grossière suppression de la région Poitou-Charentes, pour dénoncer cette vision d’une France normalisée, découpée sur une carte d’état-major et où les mariages se font sans le consentement des époux.

Dommage ! Car une occasion risque d’être perdue et  il n’est encore pas trop tard. Car oui, il faut changer notre organisation administrative. Oui, il faut clarifier les compétences entre département, région et intercommunalité. Oui, il faut changer le mode de scrutin des conseils généraux. Oui, il faut en terminer avec les cantons, et c’est un président de conseil général qui vous le dit. Oui il faut harmoniser les dates des élections locales. Oui, il faut changer la fiscalité des collectivités. Oui il faut une péréquation des ressources financières par l’Etat. Oui, il faut un statut de l‘élu local.  Oui, il faut des villes fortes et des territoires ruraux constitués dans des ensembles cohérents. Oui il faut plus de démocratie locale.

Voilà une belle réforme qui pourrait dépasser les clivages et préparer la France au XXIème siècle démocratique.

On ne voulait plus du mille-feuille, on nous fait un pudding : un mélange compact, indigeste et pour tout dire immangeable. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut renoncer à la pâtisserie démocratique, à condition de faire léger, clair et simple.

Chronique sur slate.fr : Fusion et confusion

FH | Lu, vu, entendu | Mardi, 24 février 2009

Deux grandes banques, les caisses d’épargne et les banques populaires, scellent leur mariage dans un bureau de l’Elysée. L’information pourra déjà surprendre. Mais, en ces temps de crise, on en a déjà tant vu : des interventions massives de l’Etat, sans l’exigence de la moindre contrepartie et des sauvetages décidés à la hâte, sans la plus petite obligation, de limiter les hautes rémunérations dans les établissements concernés.

Alors, pourquoi se courousser pour cette fusion qui permet aux nouveaux mariés de la « place » de surmonter les effets des mauvais placements de leur filiale commune Natixis et de devenir la deuxième banque de dépôts du pays ? Sûrement pas pour son opportunité : le rapprochement était préparé depuis de longs mois, même si elle s’est accélérée. Pas davantage pour son intérêt commercial : les établissements sont en effet complémentaires, les caisses d’épargne bien implantées sur le marché des particuliers et des collectivités locales, les banques populaires sur celui des PME. L’opération n’est pas non plus contestable sur le plan de sa philosophie : les deux réseaux sont d’inspiration mutualiste et leur culture d’entreprise, quoique différente, est finalement assez proche.

Non. Ce qui choque n’est pas la fusion, mais la confusion. Avec la possible annonce de la nomination du directeur général adjoint de l’Elysée à la tête du nouvel ensemble. Car, c’est une transgression.

Une transgression morale d’abord, car celui qui -au nom de l’Etat- à l’Elysée, organise le rapprochement, fixe la valeur des apports de chacun, décide du niveau des capitaux publics dans le nouveau groupe, se révèle dans le dernier acte -comme dans une farce à rebondissements- le patron de la banque. Bref, le soir de la cérémonie, le marieur part avec la mariée non sans avoir, au préalable, déterminé le montant de la dote. Le procédé est inédit. Et le conflit d’intérêts inévitable : avant d’entrer à l’Elysée, Monsieur PEROL -alors chez David Rotchild- avait été missionné comme conseil des deux banques. Ensuite, auprès du Président de la République, il a lui-même conduit la négociation et proposé d’injecter plus de 6 milliards d’euros de fonds publics dans la société dont il aurait la charge dans quelques semaines. La confusion « privé / public » est à son comble. Et la question peut se poser très simplement : quels intérêts ont été servis? Ceux de l’Etat, des actionnaires ou des futurs dirigeants?

On me dira qu’une Commission de Déontologie va être saisie et qu’elle va rendre un avis ! Mais l’on sait que sa jurisprudence est implacable pour les membres de l’Administration, mais bienveillante pour ceux des cabinets. Ainsi, alors qu’un sous chef de bureau à la Direction du Trésor qui ayant eu à connaître, même de loin, de cette opération de fusion et sans prendre la moindre décision se verra interdire tout pantouflage, en revanche, celui qui -au sommet de l’Etat- aura contribué à la parrainer, en remplissant lui-même la corbeille, sera autorisé à en prendre la tête. C’est finalement l’éthique qui se trouve décapitée.

La transgression est tout autant politique. L’on savait depuis deux ans que Nicolas Sarkozy voulait décider de tout et tout présider. Il ne nous a pas échappé que le Premier Ministre a abdiqué et accepté, sans mot dire, de se dessaisir de ses prérogatives constitutionnelles pour devenir le muet du sérail. Il est non moins évident qu’il n’y a plus de ministres au sein du gouvernement et que ceux qui en ont le titre sont devenus des prêtes-noms ou des bannis. Yves Jégo a rejoint Rama Yade à la cour des proscrits. Mais, jamais repu, le boulimique Président peut aussi démontrer que non content de pourvoir aux emplois civils et militaires, il coopte lui-même les banquiers : obligés, amis, collaborateurs, ils sont là autour de celui qui décide de leur avenir, de leur bonus, voire tout simplement de leur sort.

Rien à voir avec les nominations de 1982 où l’Etat actionnaire à 100 % des banques choisissait les patrons. On pouvait être contre les nationalisations, mais c’était la plus élémentaire logique. Là, il s’agit d’une banque privée. Pas d’un démembrement de la puissance publique. Pas d’une institution régulatrice. Pas d’un organisme à but non lucratif. Non d’un groupe bancaire qui n’est pas sous tutelle, mais sur le marché !

Ainsi va la République sous la présidence Sarkozy ! Après l’exhibition, voilà la confusion. Après le narcissisme, la transgression. Après «l’Etat c’est moi », « tout est à moi » !

François Hollande invité de RTL

L'équipe du blog | Lu, vu, entendu | Lundi, 23 février 2009

François Hollande était interviewé par Jean-Michel Apathie lundi 23 février sur l’antenne de RTL.

Trop compliqué pour être convaincant et trop chiche pour être efficace

FH | Notes | Jeudi, 19 février 2009

Les Français qui ont manifesté le 29 janvier dernier ne l’ont pas fait pour rien. Car même si les annonces de Nicolas Sarkozy restent limitées, partielles et pour tout dire insuffisantes, elles témoignent que le chef de l’Etat a été contraint d’infléchir son plan et de considérer que la consommation restait un des moteurs de toute reprise.

Maintenant, il a fait compliqué plutôt que simple et a donné peu plutôt que plus.

La bonne formule eût été d’accorder une aide directe de 500 à 1000 euros à toutes les familles des classes populaires et des classes moyennes, soit environ 10 millions de personnes. C’est la technique utilisée par le plan Obama et c’est ce que les Allemands ont également prévu.

Le choix fait par le Président de la République, opaque, sélectif et pour tout dire infiniment complexe, suscitera, à juste titre, toutes les frustrations. Ainsi, ceux qui ne sont pas redevables de l’impôt sur le revenu et qui n’ont pas d’enfants scolarisés n’auront rien. De même, ceux qui contribuent au niveau de la seconde tranche du barème seront exclus du dispositif alors même que leur situation s’est dégradée.

Enfin, il n’y a aucun progrès dans l’indemnisation du chômage sauf une prime exceptionnelle pour les demandeurs d’emplois depuis peu. Aucune augmentation des minima sociaux, aucune anticipation du relèvement du Smic et, hormis la louable affirmation d’un nouveau partage de la valeur ajoutée, rien n’est engagé pour contraindre le patronat à négocier, là où les profits existent, sur leur redistribution. Et même si la décision aurait été symbolique, le Président a exclu un plafonnement des hautes rémunérations, alors que là aussi, outre-atlantique, Obama n’a pas eu cette timidité.

Bref, je vois quelques avancées pour un nombre trop limité de nos concitoyens, et je constate dans le même temps la masse importante de ceux qui sont exclus de tout dispositif.

Je ne sais pas si les bénéficiaires se reconnaîtront, mais j’imagine déjà la somme des rancunes. Il faudra sans doute revenir à un moment ou à un autre à la table des négociations et faire clair et simple plutôt que confus et compliqué.

La Guadeloupe : à la recherche de la voix de la République

FH | Notes | Mardi, 17 février 2009

À force d’avoir laissé pourrir un conflit d’abord social, puis salarial et enfin, nous dit-on sociétal, le pouvoir récolte une crise d’une exceptionnelle gravité, et qui peut dégénérer à tout moment.

J’ai entendu le président du Conseil régional de la Guadeloupe parler d’un risque de « sédition ». Je vois les images de forces de l’ordre voulant lever les barrages des manifestants. J’imagine après près d’un mois d’arrêt de l’économie, les conséquences pour la vie quotidienne des Guadeloupéens.

Et puis, il y a ces remugles de conflit colonial, ces déclarations à l’emporte pièce, cette extrêmisation des positions. Comme si la marmite des rancoeurs était prête à faire exploser le couvercle. Il y faudra bien plus qu’un comité interministériel ou de nouvelles exonérations de cotisations sociales, voire l’annonce de la discussion du projet de loi sur l’Outre-mer au Parlement pour le mois de mars. En fait, il faut refonder la relation de la République avec l’ensemble des Outre-mer.

Quelle organisation ? Quelles règles sociales ? Quelle politique fiscale ? Quelle continuité territoriale ? Quel rapport avec les continents qui leur sont proches ? Quelle autonomie de décision ?

Et c’est en posant ces nouveaux principes que la parole de l’Etat pourra retrouver son crédit, que l’autorité de la République pourra se fonder sur une vraie solidarité, et que le pouvoir pourra retrouver le début d’une capacité d’initiative.

Mais reconnaissons que les palinodies de ces derniers jours, un secrétaire d’Etat à l’Outre-mer qui ne sait plus quel est son mandat, une ministre de l’intérieur qui se cache, un Premier ministre dont on ne sait si c’est lui qui a dit « non » ou le président de la République à la 132ème  revendication, et un chef de l’Etat qui a préféré aller à Val d’Isère plutôt qu’à Pointe-à-Pitre.

Quand la République veut se faire entendre, il faut qu’elle est une voix claire, forte, simple. Elle l’a aujourd’hui perdue, et souhaitons, pour l’outre-mer et pour la République qu’elle la retrouve et qu’elle soit celle du respect et de la dignité.

Chronique sur slate.fr : Quand Sarkozy fait du Barre

FH | Lu, vu, entendu | Lundi, 16 février 2009

slate.frLa récession est là. Profonde, violente, douloureuse. Avoir imaginé que la France pouvait y échapper malgré la crise était déjà un leurre. Avoir différé la relance alors qu’à l’été 2008, la tendance dépressive était déjà installée était un manque grave de discernement. Et avoir bâti un budget pour 2009 en prétendant préserver une croissance positive, relevait autant de la méthode du docteur Coué que du mensonge du président Sarkozy. Du temps a été perdu, de l’énergie gaspillée, de la parole publique dévaluée. Car qui croire en cette période ? Les libéraux deviennent étatistes, les rigoureux laxistes,  et les démagogues fatalistes. Comme dans toute crise, celle de la confiance est la plus destructrice.

Aussi, à la veille du sommet social de mercredi, les imaginations sont à l’image des caisses :vides. Le plan de relance du gouvernement à peine voté au Parlement apparaît comme racorni et jauni. Aussi inefficace qu’un arrosoir à moitié plein pour éteindre une maison en feu. Ce qui est vrai en France l’est aussi en Europe : incapables de coordonner leur politique, frileux à l’idée d’un emprunt européen, obsédés par le respect des règles de concurrence, les gouvernements font leur petite soupe dans leur petit coin. Ils font le gros dos, comme des chats échaudés par l’accumulation des mauvaises nouvelles.

Alors d’où peut venir le salut ? Des Etats-Unis d’Amérique ! Sûrement puisque c’est de là qu’est venu la crise et c’est encore là que les masses financières déployées par le Trésor américain sont les plus considérables. C’est toujours là, que l’on se moque comme d’une guigne du niveau excessif du déficit public, dès lors que l’épargne mondiale, les couvre. Au moins pour le moment !

Avec le plan Obama, ce sont plus de 840 milliards de dollars qui seront consacrés à des réductions fiscales pour les ménages, des aides à l’emploi et du soutien à l’investissement. Ce chiffre est à comparer ave les 26 milliards du plan français : 33 fois plus ! Parallèlement est prévu d’isoler les actifs toxiques des banques dans une structure à capitaux mixtes publics-privés, une sorte de banque poubelle pour expurger les mauvaises créances du système financier américain. Cette solution devrait d’ailleurs être un modèle pour le reste du monde et même en France, où l’on feint de croire que les banques sont plus solides qu’ailleurs pour découvrir qu’elles ont fait les mêmes erreurs et qu’elles portent des pertes virtuelles supérieures à leurs bénéfices réels !

Tant que les établissements financier n’auront pas été nettoyés, les pouvoirs publics pourront s’épuiser dans la relance, ils jetteront du sable sur du sable.
Mais que faire de plus ici ? Partons de l’hypothèse la plus favorable et considérons que le plan Obama va réussir à remettre de l’ordre dans les banques au prix de désordre dans les comptes publics et à redonner la visibilité qui manque pour que la machine à prêter reparte, combien de temps faudra-t-il pour que les premiers effets sur la croissance se fassent sentir en Europe et donc en France ?

Un an au moins ! Pas le temps d’attendre mais pas d’illusion sur la durée qui nous sépare de la sortie de crise. Ce qui revient à dire qu’un pays comme le nôtre doit à la fois régler l’urgence, apaiser le présent et anticiper. Soit une politique en trois volets.

Le premier doit soulager la situation des plus fragiles à travers une aide directe sous la forme d’une prime anti-crise (de 500 à 1000 euros selon la situation de famille d’une amélioration de l’indemnisation du chômage et d’un financement exceptionnel de stages de longue durée de formation professionnelle.

Le deuxième doit venir en appui des secteurs les plus exposés avec le relèvement de la prime à la casse pour l’automobile et des dotations exceptionnelles de l’Etat aux offices HLM et aux collectivités locales pour des mises en chantier immédiates.

Le troisième volet vise à préparer l’avenir avec un fonds d’au moins dix milliards d’euros pour les pôles de compétitivité qui pourrait être alimenté par de l’épargne défiscalisée.

Voilà qui rend caduque le débat académique qui oppose investissement et consommation, entreprises et ménages, offre et demande. Dans une économie tout est lié. C’est en sens que l’obstination avec laquelle Nicolas Sarkozy récuse le soutien à la consommation tient de l’aveuglement idéologique et de l’esprit de contradiction. N’était-ce pas le candidat de 2007 qui reprenait la vieille chanson chiraquienne de la feuille de paie meilleure amie de l’emploi ?
N’est-ce pas le même qui se proclamait président du pouvoir d’achat et qui paradoxalement retrouve les accents de Raymond Barre à la fin des années 70 avec le succès que l’on sait.

Nicolas Sarkozy est comme ces chanteurs d’opéra comique qui prétendent marcher, courir et voler mais qui font du surplace. Plutôt que d’entonner les vieux refrains des gouvernants durant les crises passés, il faut inventer une thérapeutique adaptée. C’est de pragmatisme, de rapidité, de fluidité dont le pays a besoin et non pas de malice, de facilité et d’obstination. Mieux vaudrait que Nicolas Sarkozy le comprenne le 18 février.

Chronique sur slate.fr : « La division est un combat »

L'équipe du blog | Lu, vu, entendu | Mardi, 10 février 2009

François Hollande a ouvert le bal sur le nouveau site-magazine Slate.fr en signant la première chronique

L’histoire de la Gauche française est faite d’une succession de désunions et de rassemblements. Certes, le parti Socialiste a réussi depuis 1981 à devenir la force principale; pour autant, il n’en a jamais été l’expression unique. Il a toujours eu besoin d’alliés pour créer la dynamique et surtout conquérir une majorité électorale. En 1981, voire en 1988 avec le Parti communiste et les radicaux. En 1997 avec la gauche plurielle. Et si ses victoires les plus emblématiques coïncident avec des aspirations unitaires, ses défaites les plus cruelles sont le produit de sa dispersion.

Aujourd’hui, en matière d’alliances, le Parti socialiste n’a guère l’embarras du choix, il ne dispose pas du luxe de l’hésitation, il n’a même plus la chance de nourrir en son sein des débats stratégiques entre ceux qui regarderaient plus à gauche et d’autres plus au centre.

En fait il n’a pas d’alliés. Il n’a que des concurrents.

Je ne parle pas ici du Parti communiste, du PRG ou du MRC de Jean-Pierre Chevènement qui, au delà des fluctuations de leur comportement, restent les partenaires pas toujours dociles mais naturels du Parti socialiste, discipline républicaine comme partage des responsabilités obligent!

Les Verts s’étaient depuis plusieurs années associés, bon gré, mal gré, à ce processus, non sans en tirer des bénéfices, si j’en juge par le nombre de leurs élus locaux. Ils assumaient leur ancrage à gauche et refusaient l’écologie apolitique. Leur rassemblement pour les prochaines Européennes avec les amis de Nicolas Hulot mais aussi avec ceux de José Bové les remet dans une logique d’autonomie et donc de compétition avec le Parti socialiste. Et celui-ci serait bien imprudent s’il estimait que, sans effort majeur, sur le plan programmatique et sans contrepartie en matière de circonscriptions législatives, un accord de gouvernement avec les écologistes irait nécessairement de soi.

Mais quand bien même le PS y parviendrait-il, il aurait toujours en face de lui, bien plus qu’a ses côtés, deux formations politiques, le NPA et le Modem, qui sont désormais dans une logique d’affrontement a son égard. Et même de dépassement puisque telle est leur perspective assumée à plus ou moins long terme.

Le NPA n’est pas un nouveau parti communiste visant à créer un rapport de force au sein de la gauche pour obliger les socialistes à garder le cap ou à donner un coup de barre. Il ne veut pas le contraindre à l’union comme dans les années 70 autour d’un programme commun. Il n’entend pas négocier avec lui pour des ministres NPA dans un gouvernement de front populaire. Pas d’avantage pour soutenir sans participer. Non, le NPA ne veut rien à voir avec le PS. Il exige de ses possibles renforts, notamment de Jean-Luc Mélenchon, qu’ils abjurent pour leurs relations passées avec la sociale démocratie et qu’ils renoncent, la main sur les œuvres complètes de Karl Marx, à entretenir tout rapport même platonique, c’est à dire électoral, avec le Parti socialiste.

Bref, le NPA veut la division de la gauche, en deux fractions irréconciliables. Et tant pis si une telle stratégie peut conduire à faire perdre – au bénéfice de la droite – des régions en 2010 par le maintien de ses listes. Il refuse de donner toute consigne de vote au second tour pour les élections au scrutin majoritaire y compris la présidentielle.

Si cette orientation prévalait dans l’extrême gauche française, ce serait une rupture historique par rapport «au front ouvrier» et à un retour à la stratégie «classe contre classe» du PCF des années 20 quand il s’agissait de «plumer la volaille socialiste».

Dès lors, chercher à séduire le NPA relèverait de la part du PS d’une désarmante naïveté, elle aboutirait à légitimer les thèses et les mots d’ordre de l’extrême gauche sans aucune contrepartie, c’est-à-dire à élever son score de 1er tour sans espoir d’en bénéficier en totalité au second.

Est-ce à dire que le salut du PS se trouverait alors du côté du Modem?

Le problème serait idéologique si le parti de François Bayrou situait ses exigences sur ce terrain-là. Mais telle n’est pas sa démarche. Il ne se place sur le champ des programmes et des idées. Il ne demande pas à confronter les positions respectives du PS et du Modem sur la relance, la fiscalité, la protection sociale ou la maîtrise de la dette, pas davantage sur l’Europe ou la laïcité. Non l’extrême centre veut occuper tout le terrain de l’opposition. Plus gaulliste que les derniers chiraquiens, plus laïque que les anciens de la FEN, plus révolté que les vieux amis d’Arlette, plus anti-sarkoziste qu’aucun ancien balladurien comme lui ne pourra jamais l’être, François Bayrou veut être tout pour être le premier de l’opposition – non pour contractualiser avec le PS mais pour le dominer et donc le briser.

François Bayrou n’est pas un ennemi de la gauche – il peut même indirectement travailler pour elle, il n’en est qu’un ersatz. Une apparence, une illusion.

Voilà le faux dilemme que rencontre le PS aujourd’hui. Il n’a pas à choisir entre le Modem et le NPA. Il a à être le plus fort pour contraindre l’un et l’autre. Et pour y parvenir, il n’a pas à être dans la surenchère, le mimétisme ou la diabolisation.

Simplement à être lui-même, le parti de la social-démocratie, du mouvement, de la justice, de la modernité. Bref la gauche qui veut agir, changer, transformer. Et gouverner.

Impotence d’Etat

FH | Notes | Vendredi, 06 février 2009

Nicolas Sarkozy avait suscité une attente légitime. Par le succès du mouvement du 29 janvier, il était attendu. Moins sur son analyse de la crise, que sur les moyens de faire face et sur les solutions pour en apaiser les conséquences sur les Français.

Et Nicolas Sarkozy a fait du Nicolas Sarkozy. C’est-à-dire qu’il s’est, lui-même, mis en scène. Comme si, à lui seul, peut-être avec le concours de Barack Obama, il pouvait par ses mots, par son caractère, être le protecteur des Français.

Mais laissons là le style, car en définitive, les problèmes sont tels que ce qui compte aujourd’hui, ce sont les réponses.

Que nous a-t-il dit ? Qu’il ouvrirait le 18 février une rencontre avec les partenaires sociaux. C’était bien le moins et nous souhaitons qu’il mette la pression nécessaire sur le Medef pour que les négociations sur l’indemnisation du chômage partiel ou la protection des jeunes puissent avancer.

Mais pour ce qui relève de la responsabilité de l’Etat, c’est-à-dire la sienne, qu’a-t-il annoncé ? Des pistes, des principes, mais rien de concret, sauf la suppression de la taxe professionnelle dont d’ailleurs on ne sait pas si elle sera remplacée par un nouvel impôt sur les ménages, ce qui serait un paradoxe dans la situation que connaît le pays, une nouvelle amputation du pouvoir d’achat, ou par un prélèvement sur les entreprises, ce qui finalement aboutirait à transférer entre secteurs économiques le même impôt. Mais rien qui soit de nature à améliorer la compétitivité ou à stimuler l’investissement.

En revanche pour les ménages, ceux qui notamment supportent la crise, j’attendais l’extension des contrats de transition professionnelle. J’espérais une amélioration des mécanismes de la formation. Je voulais croire à une limitation des possibilités de licenciements pour les entreprises qui font du profit. Je rêvais d’une limitation des plus hautes rémunérations, comme en Allemagne ou aux Etats-Unis. Mais non, nous n’avons rien eu de tout ça. Simplement un petit cadeau pour les classes moyennes nous dit-on, à travers la suppression possible, éventuelle, hypothétique, de la première tranche de l’impôt sur le revenu qui, parce qu’elle est une première tranche, bénéficie à tous les contribuables. Qu’ils soient riches ou simplement redevables au minimum de l’impôt sur le revenu. Rien pour ceux qui ne seront pas soumis à cet impôt, et qui sont, rappelons-le, 50% des Français.

Il nous a dit qu’il pouvait augmenter les allocations familiales, mais nous ne savons rien. Nous ne savons pas si cette disposition s’appliquerait aux familles de plus de trois enfants ou selon les conditions de ressources. Non rien, rien de clair, rien de précis.

Quant aux chèques emploi service, on a l’impression que Nicolas Sarkozy allait permettre à des personnes âgées de rémunérer leur propres enfants pour qu’ils les gardent ou pour être gardés !

Bref, le sentiment que j’ai eu, c’était qu’il n’était pas à la hauteur de l’ampleur de la crise. Qu’il essayait de garder un cap, dans une tempête qui avait déjà renversé depuis longtemps sa frêle embarcation.

Qu’il faisait comme s’il pouvait agir, comme s’il pouvait décider, comme s’il pouvait encore maîtriser une politique qui lui a échappé. J’avais dit que le roi était nu, ce qui est déjà une posture difficile à exposer pour qui a des pudeurs, mais je crains aujourd’hui qu’il ne soit aussi impotent.

Le roi est nu

FH | Notes | Lundi, 02 février 2009

Le gouvernement, à l’image des dirigeants chinois d’une autre époque, annonce 1000 projets de relance.

Je ne sous-estime pas l’intérêt de chacune de ces opérations. Mais pour en connaître au moins une dans mon propre département, la Corrèze, je sais qu’il faudra des mois, voire des années, pour arriver à consommer les quelques crédits supplémentaires qui viennent d’être inscrits.

Tout ça ressemble davantage à de la poudre aux yeux qu’à un plan structuré, hiérarchisé, réorganisé. On anticipe davantage la consommation de dépenses publiques initialement prévue, que l’on ne met en place des investissements traduisibles en emplois et en activité.

Ce serait une faute que d’imaginer que ces grands chantiers, qui ne sont parfois que des petits travaux, pourront répondre à l’ampleur de la crise. Et ce serait une erreur encore plus terrible que d’escompter apaiser la colère exprimée lors de la journée du 29 janvier avec ce type de mesurettes.

À lire l’interview de François Fillon dans Le Monde, on se prend même à se demander si le Premier ministre n’est pas devenu un « jovial qui se moque » dans cette période de tourmente.

Le voilà qui se félicite que le service minimum ait été appliqué lors de cette journée d’action, qui ajoute y avoir vu «une forme de soutien exigeant aux initiatives que la France a prises pour engager la refonte des institutions financières internationales ». Il analyse enfin que cette contestation est celle qui touche à la mondialisation et non à la politique de Nicolas Sarkozy.

Et pour finir, François Fillon annonce que rien ne serait pire qu’un changement de cap. Bref, il ouvre un dialogue dont il connaît d’ores et déjà l’épilogue. Il pousse même la plaisanterie jusqu’à appeler à un « Grenelle du PS » plutôt qu’à un Grenelle de la relance. Il ferait mieux de s’occuper des affaires qui le concernent : elle sont suffisamment graves pour qu’il évite d’user d’un sens de l’humour qui n’est décidément pas son fort.

Ce qui est inquiétant dans la fin de non-recevoir exprimée par le Premier ministre, comme dans l’annonce de l’émission spéciale du Président qui, nous dit-on, tournera à l’exercice de pédagogie, c’est que les deux chefs de l’exécutif paraissent désarmés dans cette période, comme privés de ressorts, comme incapables de changer non seulement de cap, mais de rythme et de méthode.

La crise est celle, sans doute, d’un système de pensée, mais elle est aussi le révélateur des limites de l’exercice du pouvoir de Nicolas Sarkozy. L’incantation, l’excitation, l’énervement, l’autojustification ne peuvent se substituer à la politique. Quand celle-ci échoue, finalement le roi est nu, même s’il ne se veut pas fainéant.